Paul Doumer
| Paul Doumer | |
Paul Doumer en 1931. | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Président de la République française | |
| 13 juin 1931 – 7 mai 1932 (10 mois et 24 jours) | |
| Élection | 13 mai 1931 |
| Président du Conseil | Pierre Laval André Tardieu |
| Prédécesseur | Gaston Doumergue |
| Successeur | Albert Lebrun |
Président du Sénat | |
| 14 janvier 1927 – 9 juin 1931 (4 ans, 4 mois et 26 jours) | |
| Réélection | 12 janvier 1928 10 janvier 1929 16 janvier 1930 15 janvier 1931 |
| Prédécesseur | Justin de Selves |
| Successeur | Albert Lebrun |
| Ministre des Finances | |
| 16 décembre 1925 – 6 mars 1926 (2 mois et 18 jours) | |
| Président | Gaston Doumergue |
| Gouvernement | Aristide Briand VIII |
| Prédécesseur | Louis Loucheur |
| Successeur | Raoul Péret |
| 16 janvier 1921 – 12 janvier 1922 (11 mois et 27 jours) | |
| Président | Alexandre Millerand |
| Gouvernement | Aristide Briand VII |
| Prédécesseur | Frédéric François-Marsal |
| Successeur | Charles de Lasteyrie |
| 1er novembre 1895 – 23 avril 1896 (5 mois et 22 jours) | |
| Président | Félix Faure |
| Gouvernement | Léon Bourgeois |
| Prédécesseur | Alexandre Ribot |
| Successeur | Georges Cochery |
Ministre d'État Membre du Comité de guerre | |
| 12 septembre 1917 – 13 novembre 1917 (2 mois et 3 jours) | |
| Président | Raymond Poincaré |
| Gouvernement | Paul Painlevé I |
Président de la Chambre des députés | |
| 10 janvier 1905 – 31 mai 1906 (1 an, 4 mois et 21 jours) | |
| Réélection | 9 janvier 1906 |
| Législature | VIIIe |
| Prédécesseur | Henri Brisson |
| Successeur | Henri Brisson |
Gouverneur général de l'Indochine française | |
| 13 février 1897 – 14 mars 1902 (5 ans, 1 mois et 1 jour) | |
| Prédécesseur | Armand Rousseau |
| Successeur | Paul Beau |
| Biographie | |
Nom de naissance | Joseph Athanase Doumerc |
Date de naissance | 22 mars 1857 |
Lieu de naissance | Aurillac (Cantal) |
Date de décès | 7 mai 1932(à 75 ans) |
Lieu de décès | Paris (8e) |
Nature du décès | Assassinat |
| Nationalité | Française |
Parti politique | RAD puis proche de l'ARD/PRD/PRDS/AD |
| Conjoint | Blanche Richel (1878-1932) |
| Profession | Coursier Ouvrier graveur Enseignant Journaliste Homme d’affaires |
| Présidents de la République française | |
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Paul Doumer, né le 22 mars 1857 à Aurillac (Cantal) et mort assassiné le 7 mai 1932 à Paris, est un homme d'État français.
Issu d'un milieu modeste, il travaille dès l’âge de douze ans, comme coursier puis ouvrier graveur. En parallèle de ces emplois, il obtient une licence en mathématiques et devient enseignant. Il est également journaliste dans l'Aisne et à Paris.
Entré en politique comme radical, il s’éloigne de la gauche à partir de la fin des années 1890. Il est plusieurs fois député entre 1888 et 1910, alternativement pour l’Aisne et l’Yonne. Partisan du colonialisme, il occupe de 1897 à 1902 la fonction de gouverneur général de l’Indochine française, dont il assainit les finances publiques et où il lance d’importants travaux, notamment le Transindochinois et le chemin de fer du Yunnan.
Entre 1895 et 1926, il est ministre des Finances à trois reprises. À ce titre, il porte en 1896 un projet de loi visant à instaurer l’impôt sur le revenu qui se heurte à l’opposition du Sénat, et cherche invariablement à atteindre l’équilibre budgétaire. Élu président de la Chambre des députés en 1905, il se présente sans succès à l’élection présidentielle de 1906 face à Armand Fallières. Battu aux élections législatives de 1910, il se consacre un temps au monde des affaires.
Lors de la Première Guerre mondiale, qui coûte la vie à quatre de ses fils, il dirige le cabinet civil du gouvernement militaire de Paris, puis est nommé ministre d’État et membre du comité de guerre. Ministre des Finances après la victoire alliée, il adopte une attitude intransigeante sur les réparations de guerre dues par l’Allemagne. Sénateur de la Corse à partir de 1912, il devient président du Sénat en 1927. Briguant une nouvelle fois la présidence de la République en 1931, il l'emporte sur le républicain-socialiste Aristide Briand grâce au soutien du centre et de la droite.
Investi chef de l’État le 13 juin 1931, il se montre partisan d’un renforcement de l’arsenal militaire français, appelle à l’unité nationale et critique l’attitude des partis politiques. Moins d'un an après le début de son septennat, alors qu'il inaugure un salon d'écrivains anciens combattants, il est assassiné par Paul Gorgulov, un immigré soviétique aux motivations confuses.
Sommaire
1 Biographie
1.1 Situation personnelle
1.1.1 Origines modestes
1.1.2 Vie privée et familiale
1.1.3 Formation et ascension sociale
1.2 Parcours politique
1.2.1 Débuts comme élu municipal à Laon (1887-1888)
1.2.2 Première élection à la Chambre des députés (1888-1889)
1.2.3 Chef de cabinet de Charles Floquet et député de l’Yonne (1889-1896)
1.2.4 Premier passage au ministère des Finances (1895-1896)
1.2.5 Gouverneur général de l'Indochine française (1897-1902)
1.2.6 Retour en France et présidence de la Chambre des députés (1902-1906)
1.2.7 Défaite à l’élection présidentielle et traversée du désert (1906-1912)
1.2.8 Élections au Sénat et Première Guerre mondiale (1912-1921)
1.2.9 Retour au Gouvernement comme ministre des Finances (1921-1926)
1.2.10 Président du Sénat et accession à l’Élysée (1927-1931)
1.2.11 Président de la République (1931-1932)
1.2.12 Assassinat et funérailles (1932)
2 Prises de position et engagements
2.1 Positionnement et idéologie
2.2 Franc-maçonnerie
3 Profil et particularités
4 Détail des mandats et fonctions
4.1 Présidence de la République
4.2 Gouvernement
4.3 Sénat
4.4 Chambre des députés
4.5 Niveau local
4.6 Autres
5 Postérité et hommages
6 Bibliographie
6.1 Ouvrages de Paul Doumer
6.2 Ouvrages traitant de Paul Doumer
6.3 Articles consacrés à Paul Doumer
7 Notes et références
7.1 Notes
7.2 Références
8 Voir aussi
Biographie |
Situation personnelle |
Origines modestes |
Joseph Athanase Doumerc naît le 22 mars 1857 à Aurillac, dans le département du Cantal. Baptisé le jour même en l'église catholique Notre-Dame-aux-Neiges d'Aurillac, il a deux sœurs aînées : Renée (née en 1854) et Thérèse (née en 1855)[1].
Originaires du Lot, ses parents sont de condition très modeste. Son père, Jean Doumerc, est employé itinérant des chemins de fer d'Orléans : poseur de rails, il participe à la construction de la ligne Paris-Aurillac lors de la naissance de Paul Doumer[2]. Son épouse, Victorine (née David), vient alors le rejoindre pour vivre à Aurillac. Le faible salaire de Jean Doumerc (2 à 2,5 francs par jour) lui permet difficilement de subvenir aux besoins de la famille, qui vit dans une chambre d'un logement ouvrier[3].
En novembre 1857, la mission de Jean Doumerc étant achevée, la famille quitte Aurillac pour Paris, comme de nombreuses autres familles ouvrières du Cantal[4]. Elle s'installe dans le quartier de la butte Montmartre (18e arrondissement). Mais le mois suivant son arrivée dans le capitale, en décembre 1857, Jean Doumerc meurt de façon prématurée[1]. Pour assurer la survie de la famille, Victorine Doumerc travaille comme femme de ménage et couturière, et s'installe rue de Belleville[5].
Au début de sa carrière, Joseph Athanase Doumerc optera pour « Paul », prénom de son grand-père paternel ayant une consonance plus républicaine, tandis que le « c » muet de son nom de famille disparaîtra pour une raison restée inconnue[1],[6].
Vie privée et familiale |
Paul et Blanche Doumer (1931).
Le 13 août 1878, à la mairie du 2e arrondissement de Paris, il épouse Blanche Richel (1859-1933), dans la famille de laquelle il logeait pendant ses études[7].
De leur mariage naissent huit enfants[8] : Fernand (1879-1972), officier et industriel, marié à Madeleine Despret ; Hélène, épouse Émery (1880-1968) ; Marcel (1886-1918), ingénieur, mort pour la France ; René (1887-1917), employé en banque, mort pour la France ; André (1889-1914), lieutenant d'artillerie, mort pour la France ; Armand (1890-1923), docteur en médecine, mort pour la France[a] ; Lucile (1893-1917), morte de chagrin après la disparition de ses frères ; Germaine, épouse Lemaire (1897-1985), résistante ayant abattu un sous-officier allemand en 1940[10],[11].
Ses enfants lui inspirent les ouvrages de morale Le Livre de mes fils (1906) et Le Livre de mes filles[12]. Dans le premier, il écrit : « Je souhaite qu'ils se forment une idée élevée de l'homme du vingtième siècle, du bon Français, du citoyen de notre République, et que, les yeux fixés sur ce modèle, ils s'attachent à l'imiter, à réaliser en eux-mêmes les qualités et les vertus qu'ils auront mise en lui. […] Il faut aimer la patrie jusqu’à lui tout sacrifier, ses biens, sa vie, ses enfants, mais aussi jusqu’à puiser dans cet amour d’elle la force et le courage. »[13],[14]. L’ouvrage est réédité après la Première Guerre mondiale, qui tue quatre de ses cinq fils (alors qu'il avait la possibilité d'user de ses relations pour écarter ceux-ci des zones de combat)[15].
Formation et ascension sociale |
Paul Doumer effectue sa scolarité primaire à l’école primaire de garçons de la rue Ramey, dans le 18e arrondissement de Paris. Même s'il ne bénéficie pas d'une bourse d'étude (seuls quelque 4 000 Français y ont alors droit), il est l'un des meilleurs élèves du quartier de Montmartre, et obtient son certificat d'études primaires (CEP) en 1870[6],[16].
Plaque apposée au collège Roland Dorgelès (Paris 18e).
À ses douze ans, en raison de la situation financière de sa famille, il doit abandonner ses études pour entrer en apprentissage ; il est alors un des rares adolescents français à bénéficier de ce type de contrat[1]. Durant six années, il est apprenti en tant que coursier, puis comme ouvrier graveur dans une fabrique parisienne de médailles[1]. En parallèle, il poursuit des études gratuites en formation continue au Conservatoire national des arts et métiers[17],[18]. Il s'intéresse notamment aux mathématiques, à la chimie, au latin et au grec[7]. En 1876, il obtient avec félicitations un baccalauréat en sciences[19].
À vingt ans, dispensé de service militaire du fait de son statut d’orphelin, Paul Doumer est nommé professeur de mathématiques au collège de Mende (Lozère)[17]. En 1878, il obtient une licence en mathématiques, condition posée par le père de Blanche Richel pour qu’il puisse épouser cette dernière[5],[b] À partir de 1879, afin d'avoir une rémunération plus importante, il enseigne au collège de Remiremont, dans le département des Vosges[22],[23]. Il devient en 1880 secrétaire de la fédération vosgienne de la Ligue de l'enseignement, qui prône le développement de l'instruction pour assurer le renforcement de la IIIe République[22] ; à ce titre, il organise des conférences sur l'histoire et les valeurs républicaines[7]. Invoquant des problèmes de santé, il quitte l'enseignement en septembre 1883, vexé par un rapport de l'inspection générale de l'Éducation nationale critique à son égard[7].
Dès lors, Paul Doumer s'investit davantage dans le secteur de la presse, écrivant des articles à l'occasion de séjours à Paris. Par l'intermédiaire de son beau-père, Clément Richel, il entre en contact avec plusieurs personnalités républicaines, dont les sénateurs et conseillers généraux de l’Aisne Henri Martin et William Waddington. Avec leur soutien, il devient en 1883 rédacteur en chef du journal Le Courrier de l'Aisne, à Laon, où il établit son domicile. En parallèle, il travaille comme répétiteur au collège de Laon. À la tête du journal, traditionnellement modéré, il adopte une ligne très radicale et un ton polémique. C’est pourquoi à la mort d’Henri Martin, à la fin de l’année 1883, la direction du journal l'oblige à démissionner[24].
Après son départ forcé du Courrier de l'Aisne, il fonde, avec notamment Gabriel Hanotaux, La Tribune de l'Aisne, dont il devient le premier directeur et qu'il oriente résolument à gauche. Dans le premier numéro du journal, il écrit :
« La création de La Tribune n’a pas eu et ne doit pas avoir pour effet de provoquer une scission dans le camp républicain du département de l’Aisne. Nous voulons réagir contre la méthode trop préconisée et trop suivie qui consiste à remettre les destinées de la République aux mains de ses amis de dernière heure, à ses amis les plus tièdes, les plus imbus des doctrines monarchiques. […] La grave question des rapports de l’État avec les diverses Églises est depuis longtemps pendante. L’opinion publique est insuffisamment préparée à la seule solution possible : la suppression du budget des cultes. […] »
— Paul Doumer, 6 janvier 1885, La Tribune de l'Aisne[24]
Il travaille également pour les journaux parisiens Le Matin et Le Voltaire[25]. À l’instar d’autres personnalités, il se sert de ce journal, qui connaît un important succès, comme d'un tremplin pour lancer sa carrière politique[24]. Il est aussi fondateur et secrétaire de l’association républicaine du canton de Laon[24].
Sa carrière politique couronnera sa promotion sociale[26].
Parcours politique |
Débuts comme élu municipal à Laon (1887-1888) |
Avec l’appui de son journal, Paul Doumer s’implante dans le département de sa belle-famille, l’Aisne, qu’il qualifie de « pays de la loyauté »[27].
Il se présente lors de l’élection municipale d’octobre 1887 à Laon, où la liste sur laquelle il figure obtient la majorité face à celle soutenue par Le Courrier de l'Aisne, dirigé par William Waddington[26]. Paul Doumer devient conseiller municipal (républicain radical), étant à trente ans le benjamin du nouveau conseil municipal[24]. Deux semaines plus tard, à la suite de la démission du maire de la ville, Jean-François Glatigny, il est élu premier adjoint au nouveau maire, Charles Bonnot[28]. Pendant son mandat, le maire de Laon cherche à modérer les positions de son premier adjoint, qu'il juge excessives[29]. Membre de la commission municipale chargé de l’agriculture, de l'industrie et du commerce, Paul Doumer se montre soucieux d'assurer des investissements tout en s'assurant de l’équilibre du budget municipal. En vertu de la loi Goblet, il exige au plus tôt la laïcisation de l'école communale des garçons. Rapidement, il acquiert une réputation de grand travailleur et de connaisseur des dossiers de la commune, qui compte alors quelque 10 500 habitants[30]. Sa mesure phase est le lancement de la construction du tramway de Laon, qui permettra de relier la gare à la ville haute : mis en service en 1899, le tramway connaîtra un réel succès et fonctionnera jusqu'en 1971[27],[31].
Première élection à la Chambre des députés (1888-1889) |
Portrait de Paul Doumer (date inconnue).
En 1888, Paul Doumer est investi par les radicaux à l'élection législative partielle faisant suite à la mort du député de l'Aisne Ernest Ringuier. À la tête du Courrier de l’Aisne, Charles Sébline mène alors une intense campagne contre Doumer, dénonçant son manque d'expérience et son parachutage dans le département[c]. Il doit également faire face à la candidature du populaire général Boulanger dans un territoire plutôt rural et conservateur[33]. Terminant en deuxième position du premier tour, Paul Doumer bénéficie finalement du désistement de Boulanger, arrivé nettement en tête du scrutin grâce au soutien des paysans et des mineurs[34]. Le 8 avril, dans un contexte de faible participation, il est élu député avec 47 % des suffrages exprimés, contre 37 % au candidat orléaniste René Jacquemart[35]. Il démissionne alors de ses mandats à Laon, et quitte la rédaction de La Tribune de l'Aisne[36].
À la Chambre des députés, où ont encore lieu de vifs débats entre partisans de la monarchie et de la république, il fait partie des rares élus en provenance de la classe ouvrière[37]. Durant ses dix-huit mois de mandat, pendant lesquels il siège au sein du groupe de la Gauche radicale, il se montre très actif, rédigeant plusieurs rapports, notamment sur les finances, l'armée et la marine. Il vote contre le projet de loi Lisbonne visant à réduire la liberté de la presse et en faveur de l’abandon du scrutin de liste au profit du scrutin d'arrondissement. Avec le dirigeant radical Léon Bourgeois, il milite pour le développement des sociétés coopératives ouvrières de production afin de réduire l'influence de ses adversaires socialistes, étant rapporteur de la loi sur le sujet[38]. Ses relations avec le général Boulanger se dégradent lorsqu'il se prononce contre la proposition de celui-ci de réviser les lois constitutionnelles, puis lorsqu'il vote pour les poursuites contre le général et trois députés issus de la Ligue des patriotes[5],[38].
Candidat à sa réélection lors des élections législatives de 1889 dans la nouvelle seconde circonscription de Laon, il est battu dès le premier tour par le candidat boulangiste, André Castelin[28].
Chef de cabinet de Charles Floquet et député de l’Yonne (1889-1896) |
Grâce à son travail législatif et à ses relations au sein de la franc-maçonnerie, il devient chef de cabinet du président de la Chambre des députés, Charles Floquet, en novembre 1889[38].
En 1891, à la suite de la mort du député René Laffon et avec l'aide de Floquet, il se porte candidat à un scrutin législatif partiel dans la première circonscription d'Auxerre, dans l'Yonne[39]. Malgré la campagne hostile conduite à son égard par L’Estafette de Jules Ferry, il est élu au second tour avec 59 % des voix exprimées[40]. Il quitte alors la tête du cabinet de Charles Floquet[41]. Le 10 décembre 1891, dans son premier grand discours à la Chambre, il appelle à une augmentation de l'impôt sur les successions et à l'instauration d'un impôt corrélé aux ressources des citoyens, qui sera par la suite appelé impôt sur le revenu. Faisant de cette dernière idée son combat principal dans un système fiscal qu'il juge très inégalitaire, il s'attire les critiques de la droite et d'une partie de la presse, notamment Le Figaro[41]. En avril 1894, aux côtés de Godefroy Cavaignac, il porte une proposition d'impôt progressif sur le revenu qui fait notamment face à l'opposition de Raymond Poincaré : la Chambre repousse alors le texte par 267 voix contre 236[26],[41].
Paul Doumer est réélu aux élections législatives de 1893 dès le premier tour de scrutin avec 56 % des suffrages exprimés[41]. À l'ouverture de la nouvelle législature, il obtient que chaque séance du vendredi soit consacrée au travail et à la condition des ouvriers[41]. En plus de la fiscalité, il travaille essentiellement sur les colonies françaises, quelques années après le « tournant colonial » pris par la IIIe République. En 1893, il est rapporteur d’une proposition de loi de Joseph Reinach visant à instaurer un ministère des Colonies de plein exercice, ce qui est acté l’année suivante[42]. En tant que rapporteur du budget des Colonies, il intervient en 1895 dans le cadre du projet de loi ayant pour objet le règlement provisoire de la situation financière du protectorat de l'Annam et du Tonkin et des dépenses de l'expédition du Siam ; il est alors pressenti pour remplacer le gouverneur général de l'Indochine française, Armand Rousseau, malade[5].
Premier passage au ministère des Finances (1895-1896) |
Le 3 novembre 1895, à trente-huit ans, bénéficiant de sa réputation d'expert des questions financières et fiscales, il est nommé ministre des Finances par Léon Bourgeois, qui forme le premier gouvernement radical homogène de l’histoire[43]. Cherchant à allier équilibre des finances publiques et justice sociale, il conduit une politique de rigueur, avec notamment un plan d'économies et l’augmentation de l’impôt sur les successions. Il revient également sur la décision de réduire le périmètre de contrôle financier du gouverneur général de l'Indochine française[18].
À l’instar des projets qu’il avait précédemment défendus en tant que député, il prône la mise en place d'un impôt global et progressif sur le revenu. Devant remplacer la contribution personnelle et mobilière et l'impôt sur les portes et fenêtres, ce projet de prélèvement visant à s'appliquer aux revenus supérieurs à 2 400 francs suscite l’opposition de la droite et d'une partie de la majorité, effrayées par la personnalisation de la fiscalité directe, la progressivité et la déclaration de revenus. Le ministre des Finances leur répond que le système fiscal français fait davantage reposer l’impôt « sur le pauvre que sur le riche », et que la mesure, déjà adoptée par la Prusse, permettrait d’accroître les rentrées fiscales dans la perspective d'un nouveau conflit militaire[42]. Avec le soutien des socialistes, le principe de l’impôt sur le revenu est approuvé par la Chambre des députés, ce qui constitue une première, les projets similaires précédents ayant tous été repoussés par l’assemblée[42].
Mais Paul Doumer se heurte à l’hostilité du Sénat, plus conservateur que la chambre basse, et doit faire face à des appels de membres de sa majorité à retirer son projet s’il ne veut pas faire chuter le gouvernement. Le ministre des Finances ne renonçant pas, le Sénat contraint le cabinet Bourgeois à la démission, le 23 avril 1896[44]. Après cet échec, Paul Doumer se voit tenu pour responsable du renversement du gouvernement. Redevenu simple député, il propose une nouvelle fois la mise en place de l’impôt sur le revenu en juillet 1896[42]. Cet impôt sera finalement instauré en 1914, en raison de la nécessité d’accroître les recettes de l’État à l’aube de la Première Guerre mondiale[45].
Gouverneur général de l'Indochine française (1897-1902) |
Le Petit Journal faisant état d’une visite de Paul Doumer au Siam (actuelle Thaïlande), en 1899.
À la fin de l’année 1896, après la mort d'Armand Rousseau, le président du Conseil, Jules Méline, lui propose le poste de gouverneur général de l'Indochine française[46]. Paul Doumer répond positivement à la proposition du chef de gouvernement de droite, ce qui est considéré comme une trahison par les radicaux[47]. Ses détracteurs l’accusent d'avoir accepté la fonction afin de bénéficier d'une rémunération conséquente alors qu'il est de notoriété publique qu'il est particulièrement endetté[47]. Il devient gouverneur général le 13 février 1897, étant remplacé à la Chambre des députés par Jean-Baptiste Bienvenu-Martin[17].
Doté d'importants pouvoirs, Paul Doumer est chargé de réorganiser l'Indochine française, qui connaît alors une grave crise[48]. Marqués par l'affaire du Tonkin, l'opinion publique et la classe politique se montrent méfiantes à l'égard du territoire, qui est largement déficitaire et pour lequel d'importantes dépenses sont régulièrement engagées[49]. Dans ce contexte, pendant les premiers temps de sa fonction, Paul Doumer ne bénéficie pas de nouveaux crédits pour l'Indochine[47]. Chargé avant tout de redresser cette situation financière, il s'entoure d'un cabinet restreint, composé d'hommes venus avec lui de métropole[47]. Il réprouve la politique de ses prédécesseurs, qui n'étaient selon lui que de simples « administrateurs », adoptant pour leitmotiv « gouverner partout, n'administrer nulle part »[50]. À l'inverse des précédents gouverneurs généraux, il se rend régulièrement sur le terrain et bénéficie d'une réputation d'ubiquité[47].
L'Indochine française — qui comprend la colonie de Cochinchine et les protectorats de l'Annam, du Tonkin, du Cambodge et du Laos — doit selon Paul Doumer être gérée par un pouvoir central fort[51]. Estimant que la conquête coloniale par étapes a conduit à un morcellement et jugeant insuffisante l'Union indochinoise, Paul Doumer entreprend une refonte administrative visant à unifier les différents territoires de l’Indochine française. En 1899, sur le modèle de l'Indian Civil Service, il crée un corps unique des services civils dont il confie la surveillance à des inspecteurs chargés principalement de lutter contre la corruption et l’arbitraire[52]. Appelant à un véritable État doté d'un appareil administratif et budgétaire performant, il met en place des organes centralisateurs. Mais rapidement, ce système mis en place par Paul Doumer — surnommé le « Colbert de l’Indochine » — compte un très grand nombre de fonctionnaires et présente d'importantes rigidités[53].
Souhaitant renforcer le gouvernement général, il réduit l'influence de la dynastie Nguyễn, et fait supprimer la fonction de kinh luoc, qui maintenait une forme de liaison entre le Tonkin et la cour impériale de Hué, au profit du résident supérieur français[54]. Considérant les Européens comme plus aptes à décider que les indigènes, il affaiblit ainsi considérablement le gouvernement impérial[50]. Dans un article publié en 1909, il énumère les caractéristiques des races supérieures : propension au travail, patriotisme, amour de la culture, courage et force morale ; dans cette optique, il considère que les Annamites sont supérieurs aux populations voisines en raison de leur intelligence et de leur discipline[55]. Afin de renforcer la connaissance des Français pour les particularités de cette région d'Asie, il crée l'École française d'Extrême-Orient, qui attire nombre de savants[56]. Sa politique mêle ainsi des éléments d'assimilation et d'association[57].
Sur le plan financier, confronté à une situation économique difficile et aux contraintes budgétaires imposées par la métropole, il renforce la lutte contre la fraude, instaure de nouveaux prélèvements obligatoires et augmente ceux déjà existants. L'institution en 1899 d'un budget général se fait au détriment des budgets locaux et notamment de la Cochinchine, principal moteur économique de l’Indochine étant parvenu jusque-là à conserver une forte indépendance. Cette dernière mesure attire à Paul Doumer de vives critiques de la presse et des figures de la Cochinchine, notamment Paul Blanchy et Charles Le Myre de Vilers, qui estiment qu'il souhaite faire payer la colonie pour les protectorats[52]. Grâce notamment aux droits de douane et à la mise en place — très contestée par la population — des régies (sur le sel, l'opium[d], l'alcool de riz), le gouvernement général parvient rapidement à dégager des excédents budgétaires[52].
Si elles appauvrissent et révoltent les populations indigènes, ces nouvelles recettes permettent à Paul Doumer d'obtenir le soutien de la Banque de l'Indochine et de lancer plusieurs grands projets d’infrastructures (chemins de fer, routes, ponts, ports, etc.) utilisant les techniques et le savoir-faire européens[58]. C'est en particulier le cas à Hanoi, où sont notamment construits le Grand Palais et le pont Paul-Doumer, qui s'étend sur une longueur de 1670 mètres au-dessus du Fleuve Rouge[59]. Paul Doumer y organise une exposition mondiale se déroulant en 1902-1903 afin de présenter la modernisation en cours en Indochine ; le coût élevé de cet événement, pénalisé par la démission de Doumer, laisse le budget de la ville en déficit pendant une décennie[60],[59]. Il se fait également construire la Villa Blanche — du nom de sa femme — au cap Saint-Jacques, lieu de villégiature prisé des coloniaux de Cochinchine française[61]. En matière agricole, il permet la répartition des terres en faveur des colons et grandes entreprises françaises[52].
Souhaitant relier les différentes parties de l’Indochine et favoriser le développement économique, il est un ardent partisan de la construction du chemin de fer traversant tout le territoire, le Transindochinois, dont le plan du réseau avait commencé à être dressé par son prédécesseur, Armand Rousseau[46]. Il considère ainsi que « la civilisation suit la locomotive »[62]. Ce chemin de fer, construit par des « coolies » dans des situations précaires, sera achevé en 1936[46]. Pour la réalisation de la ligne du Yunnan, il obtient un emprunt de deux-cents millions de francs-or[63]. Ses services font terminer les travaux du port d'Haïphong, commencés sous le mandat de Paul Bert par le groupe lyonnais dirigé par Ulysse Pila[64]. Il transfère le gouvernement à Hanoï, où il fait construire une nouvelle résidence pour les gouverneurs généraux et qu'il désigné comme capitale de l’Indochine en 1902 en remplacement de Saïgon[52]. En collaboration avec le médecin Alexandre Yersin, Paul Doumer fait également construire la ville de Dalat afin que les travailleurs européens puissent profiter d'un sanatorium et récupérer ainsi du climat torride de l’Annam[65]. À la suite de l'agronome Auguste Chevalier et de l'économiste Henri Brenier, Paul Doumer se montre favorable à l'acclimatation de l'hévéa, dont la culture est déjà importante en Malaisie britannique et aux Indes néerlandaises, dans les terres récemment conquises de Sumatra[66]. Il est également à l'origine de l'université de médecine de Hanoï[56].
Paul Doumer, inquiet de l'avancée de la Russie et de l’Angleterre en Asie, semble être favorable à une colonisation de la Chine par la France[56]. Sans en informer Paris, il fait en sorte de créer une situation de fait devant conduire à l'annexion de la prospère province du Yunnan, dans le sud-est du pays[56]. À ce titre, il visite en juin 1899 la capitale de la région, Kunming, où il fait face au refus du vice-roi de satisfaire sa demande d'obtention d'un terrain destiné à construire une gare ferroviaire. Cet incident diplomatique conduit trois jours plus tard à un soulèvement d'habitants du xian de Mengzi redoutant l'achat de leurs mines d'étain par les Français[56]. Le ministre français des Affaires étrangères, Théophile Delcassé, intervient alors pour réfuter auprès de la Chine et de l’Angleterre toute volonté d'annexer le Yunna[67]. Quelques mois plus tard, éclate contre les colons la révolte des Boxers, lors de laquelle Paul Doumer fait envoyer des troupes d'Indochine pour soutenir les légations étrangères[57],[68]. Dans le même temps, ses relations avec l’armée coloniale sont tendues, cette dernière n'acceptant pas l'ingérence du gouvernement général dans ses prérogatives[57].
Souhaitant revenir en métropole pour briguer un nouveau mandat de député aux élections législatives de 1902, Paul Doumer démissionne de sa fonction de gouverneur général en mars 1902[46]. Il est remplacé en octobre suivant par Paul Beau, réputé plus consensuel[69],[70]. Avec plus de cinq années passées en Indochine, il est l’un des gouverneurs généraux du territoire à la longévité la plus importante, la plupart de ses prédécesseurs ayant occupé le poste pendant un ou deux ans[71],[72]. Il est également considéré comme ayant été l'un des gouverneurs du protectorat les plus actifs[43]. Face aux critiques dont il fait l’objet à son retour en métropole, notamment sur la question indigène, il publiera en 1905 l'ouvrage un ouvrage de souvenirs d'Indochine, qui servira de référence à plusieurs responsables militaires pendant la guerre d'Indochine[73],[74]. Ayant permis un redressement de la situation financière et administrative de l'Indochine, renforçant la position de la France face à l'Angleterre, son action lui servira de tremplin pour la suite de sa carrière politique[75]. Ses successeurs inscriront d'ailleurs leur politique dans la continuité de celle de Paul Doumer, qui sera classé par le général de Gaulle parmi les meilleurs « proconsuls » de l'histoire de France[76].
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Retour en France et présidence de la Chambre des députés (1902-1906) |
De retour en métropole le 7 avril 1902, Paul Doumer décide de reprendre une carrière politique dans l'Aisne, et acquiert fin 1904 une vaste propriété à Anizy-le-Château[28]. Aux élections législatives de 1902, il se présente à nouveau dans la seconde circonscription de Laon, en tant que candidat radical pour le bloc des gauches. Après un accord avec André Castelin, il l'emporte au premier tour, avec 98 % des suffrages exprimés, contre un socialiste indépendant[77]. Il entre dans le même temps en contact avec l'historien André Lichtenberger, qui devient son assistant[e].
Sous la VIIIe législature, il accède en 1903 à la présidence de la commission du Budget de la Chambre, battant le radical-socialiste Fernand Dubief ; il est réélu en 1904 à une très large majorité[5]. À la tête de la prestigieuse commission, il appelle à la réduction des fonds secrets du ministère de l’Intérieur, qui constituent selon lui un moyen de corruption[79]. Dans le même temps, il continue à prendre ses distances avec sa famille politique d'origine, une évolution qui était déjà perceptible lors de ses responsabilités en Indochine française[80]. Comme les radicaux modérés Jean-Marie de Lanessan et Édouard Lockroy, il s'oppose au ministre Camille Pelletan sur la situation de la Marine nationale, et plus généralement au gouvernement Combes[81]. Indigné par le rôle de la franc-maçonnerie et du Gouvernement — notamment du général André — dans l'affaire des fiches, il dénonce des « procédés de basse police »[82],[83]. Dans ce contexte, il s'oppose à la politique anticléricale du cabinet Combes, qu'il qualifie de « sectaire » et dont il critique les méthodes[84].
Paul Doumer en 1905.
En 1904, il est élu conseiller général de l'Aisne dans le canton d'Anizy-le-Château, un mandat qu’il détient jusqu’à son élection à la présidence de la République : une telle longévité est exceptionnelle pour cette époque, les personnalités de la IIIe République n'accordant qu'une faible importance à l'échelon départemental[80]. Au conseil général, dont il prendra la tête par la suite, l'une de ses premières actions est de faire repousser une proposition de motion félicitant le président du Conseil, Émile Combes, pour son action anticléricale[36]. Pendant ses différents mandats, Paul Doumer s'implique principalement sur les questions de transports : il fait notamment voter, sur le modèle de sa réalisation à Laon, la construction d'un tramway à traction électrique reliant Anizy-le-Château à Tergnier, et porte plusieurs projets de lignes de chemin de fer[80].
Lors de l’élection à la présidence de la Chambre des députés, le 10 janvier 1905, il présente sa candidature, qui reçoit le soutien de députés radicaux dissidents, du centre et de la droite appréciant son opposition au cabinet Combes. Avec 265 voix, il remporte le scrutin face au président sortant, le radical Henri Brisson, qui obtient 25 suffrages de moins[85]. C'est la première fois qu'un candidat est élu à la présidence de la chambre basse grâce à un mélange de voix de gauche et de droite[86]. Cette élection fragilise le gouvernement et la majorité du bloc des gauches, qui commence à se déliter. Violemment conspué lors de son discours de remerciements, il fait l'objet de vives critiques à gauche, notamment de Jean Jaurès, qui écrit dans L'Humanité : « Ainsi a été élevé sur le pavois l'homme qui, ayant demandé à une première désertion le proconsulat de l’Indochine, obtient la présidence de la Chambre d'une deuxième félonie »[87].
Au « perchoir », quelques jours après son élection, Paul Doumer est considéré comme étant le principal responsable de la chute du cabinet Combes, ses adversaires parlant alors à son sujet de « boulangisme civil »[86]. À la fin de l'année 1905, conformément à la tradition en vigueur pour le président de la Chambre, il s'abstient lors du vote de la loi de séparation des Églises et de l'État[86]. S'il se montre critique envers l’absentéisme des députés et n'hésite pas à multiplier les séances de nuit, il ne se montre pas particulièrement assidu pour présider les débats de la Chambre[86]. Le 9 janvier 1906, après avoir contribué au rejet d'une résolution prévoyant l'élection du président de la chambre au scrutin public et non plus secret, il est réélu avec 287 suffrages contre 269 au candidat de gauche, Ferdinand Sarrien, soit avec une majorité plus faible que l’année précédente[88].
Défaite à l’élection présidentielle et traversée du désert (1906-1912) |
Au début de l’année 1906, après avoir publié Le Livre de mes fils, il se porte candidat à la présidence de la République pour succéder à Émile Loubet. Soutenu par les cléricaux, il reçoit l'appui financier de riches commerçants et hommes d'affaires, tandis que Jean Jaurès fait partie de ses plus farouches opposants[86]. Le 17 janvier 1906, avec 371 voix (43,8 %), il est battu au premier tour par candidat du bloc des gauches, le président du Sénat, Armand Fallières, qui réunit 449 voix (52,9 %). Plus clivant que son adversaire, Paul Doumer a souffert auprès de la gauche de son rapprochement avec les conservateurs, de sa contribution à la chute du gouvernement Combes et de son souhait de renforcer la fonction présidentielle[81].
Réélu confortablement député de l’Aisne aux élections législatives de 1906 (63 % des voix au premier tour), il quitte le « perchoir » le 31 mai 1906, à la fin de la VIIIe législature, après avoir occupé pendant seize mois la présidence de la chambre basse ; Henri Brisson, qu'il avait battu en 1905, lui succède. Dans le même temps, Paul Doumer est évincé du groupe de la Gauche radicale, après l’avoir été du Parti radical l’année précédente[89]. Il semble alors particulièrement isolé[15]. À la Chambre, où il siège sans étiquette, il est rapporteur général du budget, et défend la colonisation et le réarmement du pays[90]. Il est reçu le 5 décembre 1906, à Saint-Pétersbourg, par le tsar Nicolas II, qui souhaite l'interroger sur son action en Indochine ainsi que sur des questions financières et de travaux publics[90]. En parallèle, il écrit des articles dans le journal Le Petit Parisien[90]. Lors des élections législatives de 1910, abandonné par la gauche et critiqué par les conservateurs, il perd son siège de député, recueillant 47 % des voix au second tour face à André Castelin, qui l'avait déjà battu en 1889 et qui se présentait cette fois comme candidat républicain indépendant[5],[91]. Plusieurs personnalités annoncent alors la fin de sa carrière politique[92].
Pendant les deux années qui suivent son échec, bénéficiant de son parcours politique et de son expertise en matière financière, Paul Doumer se consacre à sa carrière dans le monde des affaires. Il préside de nombreux conseils d'administration, notamment ceux de la Compagnie générale d'électricité (CGE), de la Chambre syndicale des fabricants et constructeurs de matériel pour chemins de fer et tramways et de l'Union minière et métallurgique de Russie[93]. À la tête de la CGE, à laquelle il accède alors qu'il n'avait au préalable aucun lien avec elle, il préside un temps les filiales Compagnie nationale du Rhône et Energía Eléctrica de Cataluña ; il conservera cette fonction dans l'entreprise jusqu'en 1927, démissionnant seulement lors de ses nominations au Gouvernement. Jusqu'en 1914, il est également vice-président de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM). Ces multiples fonctions, qui lui assurent de confortables revenus alors qu'il était jusque-là notoirement endetté, lui attire les critiques de la presse et d'opposants, qui le jugent affairiste[93].
En 1910, avec André Lichtenberger, il lance l'hebdomadaire L'Opinion : très en vogue à Paris, dirigé par l'homme politique Maurice Colrat, le journal est apprécié de la droite libérale[93]. Paul Doumer préside en outre l'Office national des universités et écoles françaises, lancé par Léon Bourgeois et Paul Deschanel afin de créer des liens entre les établissements d'enseignement français et étrangers. Paul Doumer contribue ainsi au lancement et au développement de l'Institut français de Florence et de l'Institut français de Saint-Pétersbourg, notamment avec le soutien de Pierre Loti[93].
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Élections au Sénat et Première Guerre mondiale (1912-1921) |
Aux élections sénatoriales de 1912, alors qu'il est rejeté par les radicaux de l'Aisne, notamment par le député Pascal Ceccaldi, il opte pour une candidature en Corse après avoir sans succès tenté de se présenter dans son départemental natal du Cantal. Il reçoit alors le soutien du Parti républicain démocratique (PRD), classé au centre droit de l’échiquier politique[94]. Pendant la campagne, Bastia-Journal le décrit comme un « histrion d'Indochine, vautour d'Auvergne, traître à son parti, brûlé partout »[94]. Malgré l’hostilité des franc-maçons, du gouvernement Caillaux et du Parti radical, il l'emporte au premier tour de scrutin, le 7 janvier 1912, avec 59 % des suffrages exprimés, ce qui en fait le mieux élu des trois sénateurs du département[f]. À cette époque, une entrée au Sénat est plus prestigieuse qu'une élection comme député[94]. Au début de l’année 1913, Paul Doumer adhère au groupe de l'Union républicaine du Sénat, alors que les radicaux se réunissent au sein de la Gauche démocratique radicale et radicale-socialiste[94].
Paul Doumer en 1913.
Comme à la chambre basse, Paul Doumer apparaît comme un expert des thématiques financières et militaires : il siège ainsi à la commission des Finances et à celle de l’Armée, dont il est le rapporteur alors que le coup d'Agadir laisse présager d'une nouvelle guerre avec l’Allemagne[25]. Dénonçant depuis des années un manque de préparation de la France à un éventuel conflit militaire, il fait en sorte d'augmenter les effectifs de l’armée, notamment en accélérant l’adoption, en tant que rapporteur, du projet de loi consacrant le retour au service militaire de trois ans (au lieu de deux), s'opposant ainsi vivement à Édouard Herriot[96]. Il continue également à prôner un important réarmement de la France, écrivant dans son ouvrage La Métallurgie du fer (1912) que « c'est par l'acier qu'on sauvegarde l’indépendance d'un peuple »[97]. Début 1914, il est nommé membre du Conseil supérieur aéronautique militaire[5].
Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, il décide de rester alors que les autorités politiques se replient à Bordeaux[98]. Sur sa propre demande, il devient chef du cabinet civil du gouvernement militaire de Paris, conduit par le général Gallieni[3]. Cette nomination rencontre l'opposition du président du Conseil, René Viviani, et de personnalités politiques qui font circuler la rumeur que le général et Doumer fomentent un coup d'État[98]. Entre septembre et décembre 1914, nommé en raison de l'insistance de Gallieni, Paul Doumer assure la liaison entre l’état-major et le gouvernement Viviani, qui se trouve à Bordeaux. Il travaille sur les travaux de fortifications de Paris — dont il est un fervent partisan, s'opposant à l'idée de laisser les forces prusses pénétrer dans la capitale —, mais aussi sur l’acheminement des fabrications de guerre et sur la fourniture des services publics[5],[22]. Alors que l'état de siège est déclaré, il préside la commission chargée d'organiser les secours volontaires, et assiste le général Gallieni dans sa décision de réquisitionner plus d'un millier de taxis parisiens dans le cadre de la bataille de la Marne[98]. Étant alors le parlementaire occupant la position civile la plus élevée, Paul Doumer relègue au second plan le préfet de la Seine et le préfet de police de Paris[99]. Lors de la reprise des travaux parlementaires, le 22 décembre 1914, le cabinet civil du gouvernement militaire est supprimé[100].
Vice-président de la commission de l'Armée du Sénat à partir de janvier 1915, Paul Doumer continue à appeler à l'augmentation des effectifs militaires, à prôner le refus de tout passe-droit pour les fils issus de familles aisées, et à assurer ses prérogatives de contrôle sur le Gouvernement et l’armée, ce qui génère de vifs conflits entre lui et le général Joffre[g]. En novembre 1916, Paul Doumer part en mission à Pétrograd pour négocier avec l'empereur Nicolas II l'envoi en France de troupes russes[26]. Il effectue de nombreuses visites aux armées sur le front, où il relève des erreurs commises par les autorités, à qui il reproche un manque d'organisation, notamment lors de la bataille du Chemin des Dames[14]. La guerre le touche personnellement, puisqu’elle coûte la vie à quatre de ses fils[13],[101]. Sa propriété d'Anizy-le-Château est en outre détruite par les Allemands[80],[26]. Dans ce contexte, devenu une figure très respectée, Paul Doumer se fera un ardent défenseur de la cause des anciens combattants[102].
Le 12 septembre 1917, dans le gouvernement de Paul Painlevé, il devient ministre d’État, membre du Comité de guerre, aux côtés de Léon Bourgeois, Jean Dupuy et Henry Franklin-Bouillon[103]. Cette nomination est en partie due à la volonté du nouveau président du Conseil d'apaiser les relations du pouvoir exécutif avec le Sénat alors que la commission sénatoriale de l’Armée s'est montrée particulièrement virulente à l’égard du précédent gouvernement[14]. Travaillant avec Léon Bourgeois, Paul Doumer forme le premier comité économique, coordonnant les efforts des finances, du commerce de l’armement, du ravitaillement et des travaux publics[22],[26]. Il fait notamment adopter un projet de loi sur le recrutement de l'intendance militaire[14]. Mais le cabinet Painlevé tombe le 13 novembre 1917, seulement deux mois après sa formation. Nommé chef du Gouvernement, Georges Clemenceau ne reconduit pas Paul Doumer, avec qui il entretient des relations assez froides[104].
Paul Doumer avec ses cinq fils, dont quatre mourront pour la France
(Nadar, 1905).
Bénéficiant d’un grand prestige moral — notamment à droite — en raison de son rôle pendant le conflit mondial, il est un temps considéré comme un possible successeur au président de la République, Raymond Poincaré[15]. Après l'armistice, il participe à l'élaboration de la « Charte des sinistrés » et à la mise en place d'une commission d'enquête sur les faits de guerre, dont il est le rapporteur. Au conseil général de l’Aisne, il plaide pour que la commune de Coucy-le-Château ne soit pas reconstruite, afin de laisser visible la « destruction sauvage » des Allemands[36]. Toujours impliqué dans les thématiques coloniales, il est membre de la commission du Sénat chargée de procéder à une enquête économique sur les moyens d'accroître les efforts de production des colonies françaises, alors que la métropole est détruite. Le sénateur de la Corse continue également de s'intéresser aux questions financières, notamment à l’impôt sur le revenu, qui a été mis en place en 1914, et à la refonte du système fiscal pour réduire l'important déficit public de la France[14]. Élu rapporteur général du budget en janvier 1920, il s'oppose sur plusieurs sujets au ministre des Finances Frédéric François-Marsal[105]. Il est alors vu comme ayant davantage d’influence qu'un ministre[105].
Neuf ans après avoir refusé son parachutage, les radicaux du Cantal lui proposent leur investiture aux élections sénatoriales de 1921, mais Paul Doumer décline l'offre[105]. Proche de l'Alliance républicaine démocratique (ARD), seul représentant de la droite gaviniste, il est réélu sénateur de la Corse au second tour avec 52 % des suffrages exprimés, un score inférieur de sept points à celui qu'il avait obtenu dès le premier tour en 1912[106]. Bien qu'il ait utilisé ses relations parisiennes pour améliorer significativement les infrastructures de la Corse — dont il dit qu'elle « est encore presque dans le même état où Jules César a trouvé la Gaule » —, il est desservi par les « ambitions continentales » qui lui sont prêtées et par son manque de présence sur le terrain pendant son mandat[105].
Retour au Gouvernement comme ministre des Finances (1921-1926) |
Le 16 janvier 1921, vingt-cinq ans après sa première nomination, Paul Doumer retrouve le portefeuille de ministre des Finances, dans le septième gouvernement Briand. Il doit principalement gérer les conséquences de la Guerre. Dans un contexte économique difficile, il mène une politique protectionniste en relevant les tarifs douaniers à l'importation, organise les sociétés coopératives de reconstruction et définit les modalités d'indemnisation des dommages de guerre. Lors de la conférence de Londres de 1921, il négocie le montant des réparations de guerre dues par l’Allemagne, puis s’oppose au projet de moratoire proposé par Briand, qui a selon lui « la main molle »[107]. Confronté à la baisse des rentrées fiscales alors qu'il reste attaché au principe d'équilibre budgétaire, il initie une réforme du système fiscal avec la mise en place d'un comité consultatif des impôts et revenus publics[18]. Il fait passer le budget français de 28 à 20 milliards de francs, notamment en diminuant les dépenses de fonctionnement de l'État et privilèges des ministères[107].
Alors qu'il affiche régulièrement des divergences avec les autres ministres et que plusieurs de ses propositions font polémique ou sont rejetées par la Chambre (en particulier celle d'augmenter la taxe sur le chiffre d'affaires), l'hypothèse de sa démission pour devenir gouverneur général de l'Algérie est envisagée[108]. Sa politique de diminution des crédits suscite d'importantes oppositions, comme celle du maréchal Lyautey concernant le Maroc, et il ne parvient pas à freiner la chute du franc[107]. Malgré son impopularité, Paul Doumer fait voter le budget pour 1922 avant le début de la nouvelle année, évitant ainsi le recours à la technique des « douzièmes provisoires », qui était utilisée depuis trente ans[107],[109]. Il demeure finalement ministre jusqu’à la fin du cabinet Briand, le 12 janvier 1922, en plein scandale de la Banque industrielle de Chine, que Paul Doumer — très lié à sa concurrente, la Banque de l'Indochine — a refusé de faire refinancer par l’État[107],[110].
Paul Doumer à l’hôtel de Lassay (1925).
Au Sénat, il quitte en 1924 le groupe de l’Union républicaine pour rejoindre le groupe de la Gauche démocratique radicale et radicale-socialiste, présidé par Jean-Baptiste Bienvenu-Martin. Devenu la même année vice-président de la commission des Finances, il est élu à la présidence de cette commission en juillet 1925. Il démissionne de cette fonction cinq mois plus tard pour devenir pour la troisième fois ministre des Finances, malgré l’opposition du cartel des gauches, dans le huitième gouvernement Briand. En allusion au précédent passage de Paul Doumer rue de Rivoli, Aristide Briand précise alors que la politique financière ne sera plus « celle d'un homme » mais « celle du gouvernement tout entier »[9]. Dans un contexte de grande fébrilité des marchés financiers, Paul Doumer tente une nouvelle fois, sans succès, de stopper la chute du franc et de réduire le déficit public, instaure une banque d'émission à Madagascar et réorganise le Crédit maritime[18],[111].
Le cabinet ayant été renversé en mars 1926 à la suite d’un vote de la Chambre sur la taxe sur les paiements, Paul Doumer n’est pas reconduit dans le neuvième gouvernement Briand[112]. Durant l’été 1926, le président de la République, Gaston Doumergue, le charge de former un gouvernement, mais, ne disposant pas d’une majorité et refusant tout compromis sur la question des réparations de guerre, il renonce à briguer la présidence du Conseil[9]. Nommé président du Conseil et ministre des Finances, Raymond Poincaré mettra finalement en place plusieurs mesures que préconisait Paul Doumer[21]. Celui-ci retrouve en novembre 1926 la présidence de la commission des Finances du Sénat, où il se fait assister d’Henry Chéron et de Jules Jeanneney[113],[9]. Bien que sénateur de la Corse, il reste conseiller général de l’Aisne, et préside le conseil général du département à deux reprises entre 1924 et 1931[114] ; les Axonais lui sont notamment reconnaissants d’avoir œuvré à la reconstruction de l'Aisne, qui était le département le plus sinistré du pays à l’issue de la guerre[105].
Président du Sénat et accession à l’Élysée (1927-1931) |
Lors des élections sénatoriales de 1927, le président sortant du Sénat, Justin de Selves, est battu dans son département du Tarn-et-Garonne[115]. Pour lui succéder, le groupe de la Gauche démocratique radicale et radicale-socialiste décide de présenter la candidature de Paul Doumer, qui bénéficie des retraits en sa faveur d'Albert Lebrun et d'Henri Chéron, qui avaient été investis par l’Union républicaine[116]. Le 14 janvier 1927, sans concurrent, Paul Doumer est élu à la présidence du Sénat par 238 voix sur 273 votants ; avant lui, seul Antonin Dubost avait obtenu un nombre de voix aussi important[117]. Son chef de cabinet est Gaëtan Pirou[36].
Réélu sénateur de la Corse avec seulement cinq voix de majorité en 1929[118], il est reconduit à la tête de la chambre haute les 12 janvier 1928[119], 10 janvier 1929[120], 16 janvier 1930[121] et 15 janvier 1931[122]. Au « plateau », Paul Doumer appelle à la poursuite de l’Union sacrée et maintient sa volonté de faire payer l’Allemagne pour les réparations de guerre[116]. À la suite de la mort de Georges Clemenceau, il prononce en tant que président du Sénat un vibrant discours d’hommage à celui-ci[116]. Continuant son évolution à droite, il quitte en janvier 1931 le groupe de la Gauche démocratique radicale et radicale-socialiste[9].
À l’approche de la fin de son septennat présidentiel, Gaston Doumergue annonce qu'il n’entend pas briguer un second mandat. Alors que le président du Sénat est par tradition amené à devenir président de la République, Paul Doumer est longtemps donné favori pour succéder à Doumergue, vingt-cinq ans après son échec face à Armand Fallières. Mais, considéré comme nationaliste et belliqueux par beaucoup de parlementaires de gauche, il doit faire face à la candidature de dernière minute de l'un des hommes politiques les plus en vue du moment, Aristide Briand. Le 13 mai 1931, grâce à l'appui du centre et de la droite, Paul Doumer arrive en tête du premier tour avec 442 voix (49,3 %) contre 401 (44,7 %) pour Aristide Briand, qui se retire aussitôt[123]. Au second tour, les radicaux présentent la candidature de Pierre Marraud pour remplacer Aristide Briand. Paul Doumer est élu président de la République avec 504 voix sur 883 suffrages exprimés (57,1 %)[124]. Saluée par la presse et les milieux d’affaires, son élection provoque la colère des députés de gauche et d’extrême gauche, ce qui fait dire à Anatole de Monzie que « c’est l’affaire Dreyfus qui recommence »[116]. Quelques jours avant son entrée à l’Élysée, Paul Doumer quitte ses différents mandats électoraux[125].
Président de la République (1931-1932) |
Portrait officiel de Paul Doumer (1931).
Paul Doumer prend ses fonctions de président de la République le 13 juin 1931[126]. Il décide de résider au palais de l'Élysée, avec son épouse, sa plus jeune fille, Germaine, et son gendre. À soixante-quatorze ans, il est le président de la République à entrer en fonction à l’âge le plus avancé depuis Jules Grévy[127].
Lors de la cérémonie d'investiture, le président sortant, Gaston Doumergue, fait l’éloge du patriotisme de son successeur. Celui-ci dénonce « les crises politiques qui tiennent aux rivalités des partis »[128]. Première personnalité issue d’un milieu ouvrier à accéder à une telle fonction, il indique dans son message au Parlement : « Je veillerai au maintien et au perfectionnement de nos institutions démocratiques, auxquelles le pays est ardemment attaché. L'instruction, libéralement dispensée, doit permettre aux travailleurs sans distinction de gravir l'échelle sociale, suivant leurs mérites et leurs aptitudes. La démocratie n'admet ni privilèges, ni castes, et elle a le devoir d'assurer à tous les citoyens une égale liberté. »[72],[129].
Le jour même de son entrée en fonction, il investit le deuxième gouvernement Laval[130]. Toujours très critique envers les partis politiques, il doit gérer plusieurs crises ministérielles[43]. En février 1932, après la chute de Pierre Laval, il fait appel à Paul Painlevé pour la présidence du Conseil, mais celui-ci entend former un cabinet orienté à gauche alors que le président souhaite un gouvernement d'unité nationale. Contrairement à la tradition, Paul Doumer essaie ainsi d'influencer de façon significative la formation du ministère[131]. À la suite de l'échec de Painlevé, il nomme André Tardieu, qui propose un gouvernement de centre droit, dans la formation duquel le chef de l’État intervient pour faire intégrer Pierre-Étienne Flandin et Pierre Perreau-Pradier aux Finances[132],[133].
Pour le reste, même s'il est difficile de tirer les conclusions d'une présidence n'ayant duré que dix mois, Paul Doumer semble exercer son mandat d'une manière assez peu éloignée de la pratique en vigueur sous la IIIe République : contrairement à l’intention qu’il avait exprimée lors de la campagne présidentielle de 1906, il n'hésite pas à « représidentialiser » la fonction en jouant un rôle honorifique[127],[134]. Il reçoit ainsi des personnalités et délégations, inaugure des expositions et préside des manifestations publiques[127]. Albert Thibaudet affirme à son sujet qu'il est « un président dont on a pu dire à la fois qu'il est sorti du rang et resté dans le rang »[131]. Continuant à s’intéresser aux thématiques financières bien qu’il ne puisse prendre position sur ce sujet, qui relève du Gouvernement, Paul Doumer prône à nouveau son attachement au principe d’orthodoxie financière, réduisant les dépenses de fonctionnement et le nombre de réceptions à l’Élysée[135]. Passionné de sciences, il œuvre à la création du parc zoologique du Bois de Vincennes, qui sera inauguré par son successeur[135].
Paul Doumer remettant la coupe de France de football 1932 au capitaine de l'équipe de Cannes.
Sur les questions de politique internationale et de défense nationale, qui suscitent son intérêt dans un contexte troublé, il se montre résolument anglophile : s’entretenant à de nombreuses reprises avec l’ambassadeur de Grande-Bretagne en France, il défend une alliance avec le Royaume-Uni sur le modèle de l’Entente cordiale, dont il était un fervent partisan en 1904. Opposé à toute amitié franco-allemande, il refuse de recevoir des officiels allemands au palais de l’Élysée au nom de ses fils morts pour la France. En prévision d'un nouveau conflit mondial, il appelle régulièrement au renforcement du système de défense français, qu'il juge insuffisant et inadapté par rapport à ceux d’autres pays[135]. En tant que chef de l’État, il réaffirme son attachement au colonialisme, en particulier à l’occasion de l’Exposition coloniale internationale, qui se tient de mai à novembre 1931 à Paris. Faisant fi des critiques sur le sujet, il ne fait jamais état d’une possible réforme de l’Empire colonial français, craignant qu’une telle initiative ne débouche sur une perte d’influence de la France dans le monde[h],[135].
Durant sa présidence, l’une des plus courtes de l’histoire, Paul Doumer est d’abord perçu comme une personne très austère, mais bénéficie d'une popularité croissante au fil des mois, notamment en raison de sa sobriété et de son patriotisme affiché[5]. Après avoir exprimé à l'issue de l'élection présidentielle de 1931 son intuition qu'il n'achèverait pas son septennat, le président Doumer est victime en décembre 1931 d'une tentative d’empoisonnement qui manque de peu de l’emporter[135]. En avril 1932, en inaugurant une exposition sur l'aviation en Seine-et-Marne, il s’étonne de l’importance du dispositif de sécurité mis à sa disposition, et confie à Léon Noël : « À mon âge, ce serait une belle fin de mourir assassiné »[5],[72],[133]. Malgré l’opposition de ses collaborateurs, qui le savent menacé dans un contexte politique tendu, le chef de l’État continue ainsi de se mêler aux foules lors des manifestations auxquelles il participe[133].
Assassinat et funérailles (1932) |
Reconstitution de l’assassinat (L’Illustré du Petit Journal, 15 mai 1932).
Dans l’après-midi du 6 mai 1932, deux jours avant le second tour des élections législatives, Paul Doumer se rend à l'hôtel Salomon de Rothschild, à Paris, pour inaugurer le salon des écrivains combattants, une exposition consacrée aux écrivains de la Grande Guerre[137]. Alors qu'il échange avec l'écrivain Claude Farrère en compagnie du ministre François Piétri, il reçoit deux balles d'un pistolet Browning S 15cm[i] : une à la base du crâne (sortie au niveau de la pommette droite) et une autre au niveau de l'aisselle droite (sortie derrière l’épaule)[137]. Le tireur, Paul Gorgulov, de nationalité soviétique, est déstabilisé par Farrère, qui est lui-même touché au bras. Finalement maîtrisé par les inspecteurs de la sûreté, l’agresseur manque de se faire lyncher par l’assistance[139].
Après s’être écroulé dans les bras du sportif Roger Labric, Paul Doumer est transporté à l'hôpital Beaujon, situé à proximité du lieu de l'agression[140]. Alors qu’aucune des balles n’était a priori mortelle, le président de la République est mal soigné, la ligature de l’artère axillaire étant pratiquée trop tardivement par l’interne de garde[134]. Victime d'une importante hémorragie en raison de la section de l’artère axillaire, il est opéré et subit plusieurs transfusions[141]. Présentant des signes de conscience, il demande si son agresseur est un Français, puis se voit indiquer qu'il a été victime d'un simple accident[137]. Le lendemain, le 6 mai, il tombe dans le coma, puis meurt à l'aube, à l'âge de soixante-quinze ans[142].
L'émotion et l’indignation dans le pays et à l’international sont considérables[142]. Les autorités proposent à Blanche Doumer d'inhumer son défunt mari au Panthéon, mais celle-ci s’y oppose en ces termes : « Ils me l'ont pris toute sa vie, ils me l’ont tué. Je veux au moins être avec lui dans la mort. »[134]. Le corps de Paul Doumer est exposé au palais de l'Élysée et des obsèques nationales sont organisées à la cathédrale Notre-Dame de Paris et au Panthéon[143]. Il est inhumé dans le caveau familial du cimetière de Vaugirard[134]. Jugé après une instruction de seulement un mois, Paul Gorgulov se montre incohérent et agité, mais voit sa responsabilité pénale être retenue ; affirmant avoir agi seul alors que circule avec insistance la thèse d'un complot visant à stopper les projets de remilitarisation de Paul Doumer, Gorgulov donne notamment pour mobile une prétendue complaisance de la France avec les bolcheviks[144]. Condamné à mort par la cour d’assises de la Seine et n’ayant pas bénéficié de la grâce du président Albert Lebrun, il est guillotiné en public le 14 septembre 1932[145].
Dans l’éloge funèbre qu’il prononce lors des funérailles nationales, le président du Conseil, André Tardieu, souligne :
« Pour la seconde fois en soixante-et-un ans, la République a la douleur de conduire au tombeau son chef assassiné. […] Paul Doumer, pour trois quarts de siècle, fut le vivant témoignage de ce qu'est et de ce que peut la démocratie. Fils du peuple, c'est le peuple entier qu'il représentait. Et c'est aussi le peuple entier qu'ont frappé les balles qui l'ont tué. Des rigueurs, que la vie inflige à tous les hommes, et celles aussi qu'elle réserve aux humbles, il n'a rien ignoré. […] Patriote, au sens plein du mot, il l'était dans les fibres de son être. Son intimité de jeunesse avec ce grand historien de la France que fut Henri Martin, suffirait à le prouver, si l'histoire de sa vie n'en apportait l'éclatante démonstration. […] Pour assurer le succès des solutions qu’il croyait sages, il n’hésitait pas à sortir des traditions et des rites. »
— André Tardieu, 12 mai 1932[146]
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Prises de position et engagements |
Positionnement et idéologie |
Personnalité atypique se présentant durant toute sa carrière comme indépendant des partis politiques bien qu'il ne puisse totalement s'en passer, Paul Doumer est initialement vu davantage comme un « technicien » pragmatique — traitant surtout de thématiques financières — qu'un « politique » ou un théoricien[147]. Entré en politique comme radical, il s’éloigne progressivement de la gauche pour rejoindre le centre et la droite au début des années 1900[148].
À ses débuts, il apparaît comme partisan d’une troisième voie, entre libéralisme et socialisme. En tant que radical, il prône la séparation des Églises et l'État, un protectionnisme économique et des mesures sociales (renforcement des droits des travailleurs, création des sociétés coopératives ouvrières de production, développement des systèmes de mutualisme et de prévoyance, etc.)[32]. D’après lui, « un pays dans lequel les inégalités sociales progressent est un pays qui régresse »[133]. Sa défense de l’impôt sur le revenu l’inscrit pleinement dans la lignée du courant solidariste, théorisé par Léon Bourgeois[42]. Il se distingue des socialistes en refusant toute nationalisation des moyens de production, et en se posant en défenseur de la petite propriété et de l’orthodoxie financière — il défend une gestion de « bon père de famille »[21].
Paul Doumer le jour de son investiture à la présidence de la République.
Dénonçant la recherche perpétuelle des « jouissances matérielles de la vie », il ne considère pas uniquement l'économie et le social[15]. En raison notamment de son amitié avec Henri Martin, il se dit résolument patriote et admirateur de Jeanne d'Arc[24],[100]. Spécialiste des question de défense, il considère la puissance militaire comme le seul moyen de sauvegarde de la sécurité nationale : selon lui, « Du jour où les fils de France cesseraient d'être de vaillants soldats, ils pourraient s'attendre à voir leur pays rayé de la carte du monde. »[134]. Il est également un fervent partisan du colonialisme, contribuant à la fondation d’une école coloniale à Paris (1889) et de l’Académie des sciences coloniales (1922), et appartenant à la Chambre des députés au « groupe colonial », qui défend la « mission civilisatrice » de la République française[149],[150]. Ses réseaux coloniaux, qui regroupent à la fois des personnalités de gauche et de droite, sont déterminants dans son ascension politique[151]. Il est également président de l’Alliance française, chargée de développer la langue et la culture françaises à l’international[116].
Alors qu'il est en Indochine française, Paul Doumer modère ses opinions et commence à prendre ses distances avec ses amis radicaux. Le radical Arthur Ranc déclare en 1900, au sujet d’un article d'un journal conservateur : « Le Gaulois pose la candidature de M. Doumer à la présidence de la République clérico-nationaleuse »[152],[153]. Dès 1902, bien que réélu député sous l'étiquette radicale, il noue des alliances avec la droite. Jean Bepmale demande alors, sans succès, son exclusion du Parti radical[154]. Il dénonce la politique anticléricale du gouvernement Combes — formé d'une majorité de radicaux et s'appuyant sur la majorité du bloc des gauches —, s'inquiétant d'une possible réduction des libertés publiques et critiquant les gages donnés par le cabinet aux socialistes[155]. Il devient ainsi le principal dirigeant des radicaux hostiles au combisme, alors même qu'il s'était montré résolument anticlérical par le passé[156]. Exclu du Parti radical en 1905, Paul Doumer est considéré comme étant le candidat du centre droit à l'élection présidentielle de 1906, où il reçoit l'appui d'une partie du clergé et de l'armée[90],[157]. Sur le plan institutionnel, il semble partisan d'un régime présidentiel en prônant un renforcement des pouvoirs du Parlement, notamment des commissions parlementaires, et de ceux du président de la République[100].
En raison de cette évolution, il fait l’objet de vives attaques de l’extrême gauche, des radicaux restés à gauche et des franc-maçons[81],[103]. Ceux-ci le qualifient d'opportuniste, et lui reprochent sa bienveillance à l’égard de l’Église (il vote pour la loi du 13 avril 1908) et de l’armée durant l’affaire Dreyfus (gouverneur général de l'Indochine, il ne se prononce pas sur la question)[57],[158]. Le qualifiant de « traître », le socialiste Jean Jaurès l'accuse un temps de préparer un coup d'État avec l'aide de militaires et de colonialistes[92],[159]. Georges Clemenceau le décrit comme le « candidat de l’Église et de la monarchie » à l'occasion de la présidentielle de 1906[160]. Après la Première Guerre mondiale, Paul Doumer continue de se rapprocher de la droite, d’autant plus que le clivage gauche-droite dans l’entre-deux-guerres s'organise autour du nationalisme, dont Doumer est un partisan, et des relations avec l’Allemagne, envers laquelle il se montre inflexible[9]. Les élus centristes et de droite lui permettent ainsi d'accéder à la présidence de la République[88].
Son passage dans le secteur privé au début des années 1910 le rapproche également des milieux d'affaires au point que le périodique Le Crapouillot le classera dans sa liste des politiques les plus engagés en faveur de la défense des intérêts du capital dans les années 1920[161]. Son biographe Amaury Lorin indique à ce sujet : « Ardent promoteur d'un impôt sur le revenu refusé par les conservateurs, craignant qu'il ne risque d'entraver la bonne marche des affaires, Paul Doumer participe pourtant massivement, à gauche, à l'émergence progressive d'un affairisme sur le point de triompher parmi le personnel politique républicain. […] Il s'agit, pour l'intéressé, d'acquérir pour un temps des positions hautement rémunératrices. Celles-ci lui permettront en particulier de redémarrer brillamment une « deuxième carrière parlementaire », au Sénat. »[93].
Tentant de résumer sa doctrine, Amaury Lorin écrit : « Le doumérisme renvoie non seulement à un corpus idéologique (l’impôt, les chemins de fer, l'interventionnisme, la défense et la paix par l’armement, l’expansion coloniale), mais, bien plus, à une manière de faire de la politique […] : rigueur budgétaire et rectitude morale sur les principes du modèle républicain. […] Sa volonté l’amène à soutenir des positions parfois difficiles, éventuellement impopulaires. En particulier, l’impôt sur le revenu et le réarmement ne suscitent guère l’enthousiasme dans l’insouciante France de la Belle Époque. »[75]
Franc-maçonnerie |
Sous la IIIe République, l'appartenance à la franc-maçonnerie est fréquente chez les personnalités politiques, notamment au Parti radical[162].
Le 1er décembre 1879, à vingt-deux ans, sur recommandation des hommes politiques Henri Martin et William Waddington, Paul Doumer est initié franc-maçon par la loge parisienne l’Union fraternelle, dont il devient compagnon et maître l'année suivante[156]. Sur désignation de l’Union fraternelle, il siège au convent de l'obédience libérale le Grand Orient de France (GODF) de 1884 à 1888, puis au conseil de l'ordre de celle-ci de 1888 à 1895. Il fait partie de ceux qui écartent les francs-maçons s'étant montrés favorables au coup d'État du général Boulanger, et devient secrétaire de l'obédience en 1892[156]. Contrairement à d'autres hommes politiques, il refuse de se mettre en retrait de la franc-maçonnerie lorsqu'il est élu député dans l’Aisne, en 1888. Il est alors également affilié à deux loges dans l'Aisne[j], à la loge Alsace-Lorraine, ainsi qu'à la loge Voltaire, dont il est cofondateur et « vénérable maître » pendant plusieurs années[k]. Devenu parlementaire de l’Yonne, il rejoint la loge Le Réveil de l’Yonne[156].
La franc-maçonnerie lui permet de nouer des relations avec des personnalités politiques, notamment Léon Bourgeois[163]. Se montrant partisan de l'intervention de la franc-maçonnerie dans le champ politique, il défend au sein de son obédience un vif patriotisme, l'anticléricalisme et une réforme du système fiscal, avec notamment l'instauration de l'impôt sur le revenu[156],[164]. En tant que ministre des Finances, en 1895-1896, il reprend les travaux effectués au Grand Orient sur l'impôt sur le revenu[156]. Il entretient par la suite des liens avec des loges présentes en Indochine française, lorsqu'il est gouverneur général, mais refuse d'aider celles-ci à entraver l’action des missionnaire chrétiens[156]. À son retour en métropole, il retrouve un rôle au sein du Grand Orient[156].
En 1905, dans le cadre de l'affaire des fiches, il se montre très critique envers son obédience et le Gouvernement, qui ont participé au fichage de militaires afin de « républicaniser » l'armée[165],[166]. Il écrit : « Quand j'entrai dans la franc-maçonnerie, je savais m'affilier à des partisans d'une politique de progrès et de liberté. Peu après, une transformation pernicieuse s'opéra. La franc-maçonnerie est devenue une coterie d'où partit la délation, le bas régime du mouchardage, du favoritisme, de l'internationalisme. »[80]. Il est alors exclu de la loge « La libre pensée », écarté du GODF, et perd l'élection présidentielle de 1906 en partie en raison de l'hostilité de francs-maçons[156]. Il est même « condamné à mort » par l'obédience[167]. Cependant, il reste membre honoraire de sa loge de départ, l'Union fraternelle[156].
Profil et particularités |
Paul Doumer dans son bureau
(date inconnue).
Interrompu par son assassinat, le parcours politique de Paul Doumer s'étend sur près d'un demi-siècle, ce qui constitue une longévité exceptionnelle sous la République[168]. Il a en effet accédé très jeune à des responsabilités nationales (député à trente-et-un ans, ministre à trente-huit, gouverneur général de l'Indochine à trente-neuf)[l].
Plusieurs fois annoncée terminée à la suite de ses différents échecs électoraux, sa carrière politique présente plusieurs originalités. Ainsi, s'il n'a jamais été président du Conseil ou dirigeant d'un mouvement politique, contrairement à beaucoup de figures de son importance, sans doute du fait d'une intransigeance assumée, Paul Doumer a présidé les deux chambres du Parlement français, ce qui n'est pas commun[168]. En outre, dans un régime où les parachutages sont mal vus par la population et les changements de départements très peu fréquents, il se fait alternativement élire parlementaire dans l’Aisne, dans l’Yonne et en Corse[41]. Cette démarche tend à illustrer le caractère de plus en plus national que présentent les parlementaires français[32]. Cependant, il reste particulièrement attaché à sa première terre d’élection, l'Aisne, dont il est conseiller général pendant vingt-sept ans (il est plusieurs fois élu dans son canton axonais avec plus de 90 % des voix) et dont il défend activement les intérêts depuis Paris ; c’est d’ailleurs dans ce département qu’il effectue son premier déplacement présidentiel[127]. Se présentant volontiers comme « provincial », il se montre favorable à la décentralisation territoriale et au principe de subsidiarité : en 1900, il participe ainsi à la fondation du Groupe régionaliste[105].
L’ascension sociale de Paul Doumer n’a aucun équivalent dans l’histoire de France[148]. Il reste en 2019 le seul président de la République française d'origine ouvrière, élu à une époque où il fallait généralement une manne financière personnelle considérable pour pouvoir faire de la politique[169]. En particulier aux débuts de la IIIe République, les hommes s'étant élevés socialement grâce à leurs seules études sont très peu nombreux[37]. Albert Thibaudet relève que les enseignants, dont fait partie Paul Doumer, sont quasiment la seule catégorie professionnelle aux revenus limités à s'engager en politique[170]. De par son parcours, Paul Doumer est ainsi considéré comme l’illustration de l’idée selon laquelle l’instruction et le mérite jouent un rôle déterminant dans la promotion sociale, même s'il a également profité de ses relations, notamment franc-maçonnes et coloniales[7].
Reconnu pour son importante capacité de travail, dormant peu, il est vu comme un homme modeste et cordial, mais aussi arriviste et parfois autoritaire, notamment lors de ses fonctions en Indochine française[75]. Le terme de « boulangisme civil » a ainsi pu être utilisé à son sujet par ses adversaires de gauche[171]. Sa formation en mathématiques le sert indéniablement dans ses fonctions et mandats électoraux, notamment sur les questions financières et fiscales, dont peu d'élus sont spécialistes ; cette compétence reconnue lui vaut le respect des parlementaires issus de tout bord politique et le conduit à être appelé à trois reprises au ministère des Finances, notamment dans la période délicate de l'entre-deux-guerres[147].
Détail des mandats et fonctions |
Présidence de la République |
13 juin 1931 – 7 mai 1932 : président de la République
Gouvernement |
16 décembre 1925 – 6 mars 1926 : ministre des Finances (gouvernement Aristide Briand VIII)
16 janvier 1921 – 12 janvier 1922 : ministre des Finances (gouvernement Aristide Briand VII)
12 septembre 1917 – 13 novembre 1917 : ministre d'État, membre du Comité de guerre (gouvernement Paul Painlevé)
1er novembre 1895 – 23 avril 1896 : ministre des Finances (gouvernement Léon Bourgeois)
Sénat |
14 janvier 1927 – 9 juin 1931 : président du Sénat
19 novembre 1926 – 13 janvier 1927 : président de la commission des Finances
13 juillet 1925 – 16 décembre 1925 : président de la commission des Finances
2 avril 1924 – 13 juillet 1925 : vice-président de la commission des Finances
7 janvier 1912 – 9 juin 1931 : sénateur de la Corse
Chambre des députés |
10 janvier 1905 – 31 mai 1906 : président de la Chambre des députés
23 juin 1903 – 18 mai 1905 : président de la commission du Budget de la Chambre des députés
1er juin 1902 – 31 mai 1910 : député de la seconde circonscription de Laon (Aisne)
9 novembre 1891 – 27 décembre 1896 : député de l’Yonne
19 novembre 1889 – 15 novembre 1891 : chef de cabinet du président de la Chambre des députés
9 avril 1888 – 14 octobre 1889 : député de l’Aisne
Niveau local |
29 septembre 1927 – 11 juin 1931 : président du conseil général de l'Aisne
29 septembre 1924 – 28 septembre 1925 : président du conseil général de l'Aisne
31 juillet 1904 – 11 juin 1931 : conseiller général de l'Aisne, élu dans le canton d'Anizy-le-Château
13 février 1897 – 14 mars 1902 : gouverneur général de l'Indochine française
12 novembre 1887 – 9 avril 1888 : premier adjoint au maire de Laon (Aisne)
30 octobre 1887 – 9 avril 1888 : conseiller municipal de Laon
Autres |
- 1926 – 1927 : président de l’Académie des sciences coloniales
- 1925 – 1930 : président de l’Alliance française
- 1922 – 1932 : président de la Société des amis du Muséum national d'histoire naturelle et du jardin des plantes
- 1914 : chef du cabinet civil du général Gallieni
Postérité et hommages |
Alexandre Descatoire terminant un buste de Paul Doumer.
Son assassinat permet à Paul Doumer de bénéficier d’une image consensuelle au sein de l’opinion publique française, qui salue son engagement républicain, son patriotisme et son ascension sociale[134]. Sa disparition marque la fin d'un « cycle républicain », la présidence de son successeur Albert Lebrun voyant la montée de l'antiparlementarisme, l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale et l’instauration du régime de Vichy[131]. Dans les décennies qui suivent sa mort, Paul Doumer est davantage connu en raison de sa mort tragique — il est l’unique président de la République française assassiné au XXe siècle — que de sa carrière politique, pourtant très longue[21]. C'est seulement en 2013 qu'une biographie référencée et reconnue lui est consacrée (Amaury Lorin, Une ascension en République : Paul Doumer (1857-1932) d'Aurillac à l'Élysée, Dalloz, premier prix de thèse du Sénat en 2012)[172].
Paul Doumer fait cependant partie des chefs de l’État les plus honorés en France de par les voies de circulation, établissements scolaires, monuments ou plaques qui lui sont consacrés : selon une estimation de 2007 de l'Association des maires de France, quelque 25 000 voies de circulation portent ainsi son nom[168]. Une loi promulguée le 29 novembre 1932 dispose qu’il « a bien mérité de la patrie »[173]. L'année suivante, le paquebot à moteurs Le Président-Doumer est lancé à La Ciotat par la Compagnie des messageries maritimes, tandis que l'avenue Paul-Doumer est inaugurée par le président Lebrun dans le 16e arrondissement de Paris[174],[175]. En 1934, un monument sculpté par Armand Martial est érigé en son honneur dans sa commune natale d’Aurillac, et un timbre à son effigie est émis par La Poste[131]. Pendant plusieurs décennies, l'ancien collaborateur de Paul Doumer à l'Élysée Jean Perreau-Pradier, accompagné d'anciens combattants, organisent des événements lui rendant hommage[131].
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Principaux établissements et infrastructures portant le nom de Paul Doumer[21]
En France :
- Avenue Paul-Doumer à Paris 16e, Reims (Marne), Dax et Biscarrosse (Landes), Avallon (Yonne), Saint-Maur-des-Fossés et Arcueil (Val-de-Marne), Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), Vichy (Allier), Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), L'Île-Rousse (Haute-Corse) ;
- Boulevard Paul-Doumer à Saint-Avertin (Indre-et-Loire) ;
- Cours Paul-Doumer à Saintes (Charente-Maritime) ;
- Rue Paul-Doumer à Louveciennes (Yvelines), Melun (Seine-et-Marne), Montargis et Saint-Jean-de-la-Ruelle (Loiret), Triel-sur-Seine et Vernouillet (Yvelines), Aurillac (Cantal), Aix-les-Bains (Savoie), Aulnoye-Aymeries, La Madeleine, Tourcoing et Briastre (Nord), Lisieux (Calvados), Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône), Remiremont (Vosges), Chauny et Laon (Aisne), Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), La Courneuve et Montreuil (Seine-Saint-Denis), Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), La Roche-sur-Yon (Vendée), Nanterre (Hauts-de-Seine), Carrières-sur-Seine (Yvelines) ;
- Place Paul-Doumer à Nantes (Loire-Atlantique), Bordeaux (Gironde), Solesmes (Nord), Meaux (Seine-et-Marne), Bourg-de-Péage (Drôme) ;
- Quai du Président-Paul-Doumer à Courbevoie (Hauts-de-Seine) ;
- École Paul-Doumer à Lisieux (Calvados), La Fare-les-Oliviers (Bouches du Rhône), Aurillac (Cantal), Louveciennes (Yvelines), Cosne-Cours-sur-Loire (Nièvre), La Courneuve et Montreuil (Seine-Saint-Denis), Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne) ;
- Centre Paul-Doumer à Caen (Calvados) ;
- Collège Paul-Doumer à Nort-sur-Erdre (Loire-Atlantique) ;
- Lycée Paul-Doumer à Le Perreux-sur-Marne (Val-de-Marne) ;
- Stade et boulevard Paul-Doumer à Dijon (Côte-d'Or).
À l'étranger :
- Avenue Paul-Doumer à Brazzaville (Congo) ;
- À Hanoï (Viêt Nam), le pont Long Biên était auparavant appelé « pont Paul-Doumer » .
- Collège Paul Doumer à El Biar (Algérie).
Trois rues rendent par ailleurs hommage aux quatre fils du président Doumer, morts pour la France :
- Rue des Frère- Doumer à Anizy-le-Château (Aisne) ;
- Rue des Quatre-Fils-Doumer à Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône), à Cosne-Cours-sur-Loire (Nièvre), à Tergnier (Aisne).
Bibliographie |
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Ouvrages de Paul Doumer |
Si Paul Doumer n'a pas procédé à la rédaction de mémoires et a laissé plusieurs projets à l’état d'ébauche, il a préfacé et rédigé plusieurs ouvrages, notamment de morale. Les plus connus qu'il a écrit sont Le Livre de mes fils — qui est réédité et utilisé comme référence par les patriotes après que la Première Guerre mondiale a coûté la vie à quatre de ses enfants — et ceux sur son expérience en Indochine[8]. Durant sa carrière, il fait publier les ouvrages suivants :
Situation de l'Indo-Chine (1897-1901) : rapport, Hanoï, F.-H. Schneider, 1902(lire en ligne).
L'Indo-Chine française : souvenirs, Paris, Vuibert et Nony, 1905, 392 p. (notice BnF no FRBNF34137199, lire en ligne) – médaille d'or de la Société de géographie[36].
Le Livre de mes fils, Paris, Vuibert et Nony, 1906, 344 p. (notice BnF no FRBNF30351875, lire en ligne).
- Le Livre de mes filles, Paris, Vuibert et Nony, 1906, 356 p.
La Métallurgie du fer, Paris, Vuibert, 1912, 247 p.
- Paroles humaines, Paris, Eugène Figuière, coll. « Paroles du XXe siècle », 1929, 238 p.
Ouvrages traitant de Paul Doumer |
Charles Westercamp, Le Laonnois pittoresque : Laon, t. 1, Laon, Tablettes de l'Ain, 1930, 351 p., « Biographie de Paul Doumer ».
Henri Pellier, Paul Doumer, Paris, Larousse, coll. « Les livres roses pour la jeunesse » (no 553), 1932.
Valentine Adam de Villiers, Paul Doumer parle, Paris, Tallandier, 1932.
Jean Rupied, Élysée (1928-1934) : anecdotes et souvenirs, Paris, Peyronnet, 1952.
Jean Jolly, Dictionnaire des parlementaires français : notices sur les ministres députés et sénateurs français de 1889 à 1940, Paris, PUF, 1960-1977.
(en) Robert S. Lee, France and the Exploitation of China, 1885-1901 : A Study in Economic Imperialism, Oxford University Press, 1989, 372 p. (ISBN 978-0195827088).
Charles Fourniau, Histoires d'outre-mer : mélanges en l'honneur de Jean-Louis Miège, t. 1, Aix-en-Provence, PUP, 1992, 714 p. (ISBN 978-2853992916), « Politique coloniale ou « politique mondiale » : Doumer et le Yunnan », p. 49-72.
Jacques Chauvin, Paul Doumer, le président assassiné, Paris, éditions du Panthéon, 1994, 196 p. (ISBN 978-2840940777) — ouvrage réalisé sans recherches archivistiques, dépourvu de notes et publié à compte d'auteur[21].
Amaury Lorin, Paul Doumer, gouverneur général de l'Indochine (1897-1902) : le tremplin colonial, Paris, L'Harmattan, coll. « Recherches asiatiques », 2004, 250 p. (ISBN 978-2747569545).
Albert Thibaudet, La République des Professeurs, Hachette, 2006 (1re éd. 1927), 284 p. (ISBN 978-2012793095).
Denis Rolland et al., Les Républiques en propagande (XIXe-XXIe siècles), Paris, L'Harmattan, 2006, 484 p. (ISBN 978-2296017818), « La propagande coloniale de la IIIe République : Paul Doumer, gouverneur général de l'Indochine (1897-1902) », p. 173-186.
Hugues Tertrais (dir.), Angkor (VIIIe-XXIe siècles) : mémoire et identité khmères, Paris, Autrement, 2008, 236 p. (ISBN 978-2746710764), « La « découverte » française du site : autour de Paul Doumer et de la fondation de l'École française d'Extrême-Orient », p. 110-123.
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Articles consacrés à Paul Doumer |
Sur son action en tant que gouverneur général de l'Indochine française
Michel Bruguière, « Le Chemin de fer du Yunnan : Paul Doumer et la politique d’intervention française en Chine (1889-1902) », Revue d’histoire diplomatique, janvier-mars 1963, p. 23-61.
Chantal Descours, « Paul Doumer et l'établissement de la régie générale de l'opium en Indochine », Études & documents, 1991, p. 273-291.
Amaury Lorin, « L'ambitieuse Indochine de Paul Doumer », Aventures et dossiers secrets de l'histoire, janvier 2005, p. 60-77.
Amaury Lorin, « « La civilisation suit la locomotive » : le credo ferroviaire de Paul Doumer, gouverneur général de l’Indochine (1897-1902) », Revue d'histoire des chemins de fer, no 35, automne 2006, p. 41-54 (ISSN 0996-9403, lire en ligne, consulté le 11 mars 2019).
Amaury Lorin, « Dalat, « station d'altitude » : fondation ex nihilo de Paul Doumer, gouverneur général de l'Indochine (1898) », Péninsule, no 52, 2006, p. 225-234.
Amaury Lorin, « Le grand tournant : Paul Doumer, « démiurge de l'Indochine française » (1897-1902) », Ultramarines : archives d'outre-mer, histoire des civilisations, no 27, novembre 2009, p. 14-21.
Amaury Lorin, « Paul Doumer, archétype du grand administrateur colonial français de la IIIe République », Questions internationales (La Documentation française), no 46, novembre-décembre 2010, p. 112-119.
Amaury Lorin, « Un présidentiable formé par « l'école des colonies » : Paul Doumer en Indochine (1897-1902) », Outre-mers, revue d'histoire, no 372, 2e semestre 2011, p. 195-204.
Thi Hoai Trang Phan, « Paul Doumer : aux origines d'un grand projet, le chemin de fer transindochinois », Histoire, économie & société, no 3, 2011, p. 115-140.
Sur sa carrière politique en métropole
Amaury Lorin, « Paul Doumer et l'association des écrivains combattants (1919-1939) », L'Écrivain combattant, no 115, 2008, p. 12.
Amaury Lorin, « Paul Doumer, sénateur de Corse (1912-1931) : du parachutage à l'acclimatation », Études corses, no 71, 2010, p. 67-88.
Amaury Lorin, « Mai 1931 : un fils d'ouvrier à l'Élysée », L'Histoire, no 364, 2011, p. 34-35.
Amaury Lorin, « Paul Doumer (1857-1932), « bienfaiteur de l'Aisne » : histoire d'une adoption », Mémoires de la fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie de l'Aisne, no LVI, 2011, p. 203-224.
Amaury Lorin, « Agrarisme et politique sous la IIIe République : Paul Doumer (1857-1932), le Cantal et l'Auvergne », Revue de la Haute-Auvergne, no 74, janvier-mars 2012, p. 45-60.
Amaury Lorin, « Paul Doumer et l’Académie des sciences coloniales (1922-1932) », Mondes et cultures : compte-rendu annuel des travaux de l’Académie des sciences d’outre-mer, vol. 1, no LXXII, 2012, p. 291-298.
Amaury Lorin, « La franc-maçonnerie sous la IIIe République : Paul Doumer (1857-1932) et le Grand Orient de France », Chroniques d’histoire maçonnique, no 71, 2013, p. 50-66.
Sur son assassinat et Paul Gorgulov
Sophie Cœuré et Frédéric Monier, « Paul Gorguloff, assassin de Paul Doumer (1932) », Vingtième siècle, revue d'histoire, no 65, janvier-mars 2000, p. 35-46.
Adrien Dansette, « Il y a vingt-cinq ans : le président Doumer était assassiné », Historia, no 126, mai 1957, p. 412-418.
Monique Moncel, « Il y a cinquante ans : le docteur Gorguloff, l'étrange assassin du président Doumer », Historia, no 426, mai 1982, p. 86-95.- Katherine Foshko, « The Paul Doumer Assassination and the Russian Diaspora in Interwar France », French History, vol. 23, no 3, septembre 2009, pp. 383-404.
- Serguei Koudriavtsev, Une version de l'affaire Gorguloff [traduction du titre en russe], Moscou, Gileia, 1999.
- Amaury Lorin, « Un paranoïaque abat le président Doumer », dossier « Complots : ces meurtriers qui ont bousculé l'Histoire », Historia, no 747, mars 2009, pp. 25-27.
- Amaury Lorin, « Un « régicide républicain » : Paul Doumer, le président assassiné (6 mai 1932) », Criminocorpus : histoire de la justice, des crimes et des peines, 2011, disponible en ligne : « Un régicide républicain », sur criminocorpus.revues.org (consulté le 30 juin 2016)

- Amaury Lorin, « On a tué le président ! », L’Histoire, no 375, mai 2012, pp. 32-33

- Dimitri Vicheney, « Le tragique destin de Paul Doumer », Bulletin de la Société historique et archéologique du XVe arrondissement de Paris, no 28, automne 2006, pp. 50-65.
- Karelle Vincent, « Le régicide en République : Sadi Carnot, 24 juin 1897-Paul Doumer, 6 mai 1932 », Crime, histoire et sociétés, vol. 3, no 2, 1999, pp. 73-93

Notes et références |
Notes |
Armand Doumer meurt d’une maladie contractée pendant la guerre, après avoir respiré des gaz asphyxiants en secourant des blessés sur le front[9].
Contrairement à ce qu'indiquent certaines sources, Paul Doumer ne possède pas, outre sa licence en mathématiques, une licence en droit[20],[21].
Lors de l’élection législative partielle de 1888, Paul Doumer réside dans l’Aisne depuis cinq années[32].
Paul Doumer légalise le monopole de l'opium, très rentable pour le budget de l'Indochine française[52].
André Lichtenberger devient son chef de cabinet quand Paul Doumer est président de la Chambre des députés. Ils fondent ensemble un périodique appelé L'Opinion[78].
Outre Paul Doumer, Antoine Gavini et Thadée Gabrielli sont élus lors des élections sénatoriales de 1912 en Corse[95].
Pendant la Première Guerre mondiale, la commission sénatoriale de l’Armée procède à quelques 125 auditions de membres du Gouvernement[100].
André Tardieu indique, lors de son éloge funèbre : « Cette présidence si courte fut éclairée d'une grande joie, l'Exposition coloniale. […] Le président Paul Doumer aimait à s'y dépouiller des obligations officielles de sa charge. Il y venait en expert, en ami. L'expression éclatante et concrète donnée à la France d'outre-mer, qu'il avait contribué à fonder, réjouissait son esprit et réchauffait son cœur au contact des souvenirs et des espérances. »[136].
Le pistolet est conservé au musée de la préfecture de police de Paris[138].
Dans l'Aisne, Paul Doumer est membre de la loge Patrie et humanité — dont il devient le vénérable maître —, à Soissons, et de la loge Les Frères du Mont laonnois, à Laon[156].
Paul Doumer fonde la loge Voltaire en 1890, avec Léon Bourgeois, Camille Chautemps et Charles Floquet. Il en est élu vénérable maître en 1890, 1891 et 1892. Très connue, la loge adopte des positions libérales[163].
Sous la IIIe République, seuls 17 % des députés sont élus pour la première fois à moins de trente-quatre ans. Durant la IVe législature, Paul Deschanel, Stephen Pichon et Alexandre Millerand font partie de la même génération que Paul Doumer[32].
Références |
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Commission française du Guide des sources de l'histoire des nations, Sources de l'histoire de l'Asie et de l'Océanie dans les archives et bibliothèques françaises, K.G. Saur, 1981, 622 p. (ISBN 978-9028605008, lire en ligne), p. 549.
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